Amici Primi

 

Non erat ut ista rates

Quae merserat tot homines,

Sciant omnes maritimi,

Sciant maritimi !

Navigabat quietis modis

In aperto freto maris,

Ei nomen Amici Primi

Amici Primi.

 

Et « Fluctuat nec mergitur »

Verba optim(e) aptabantur,

Etsi negant maledici,

Quam maledici !

Neque nautis nec magistro

Adhibetur nomen « leno »,

Sed amici fidissimi,

Amici Primi.

 

Non amici sumptu magno,

Nec erant more Graeco

Molliores delicati,

Nec delicati,

Non quoqu(e) erant e dilectis

Ab amicis philosophis,

Tollebantur quot cachinni

Amici Primi !

Agni puri non quoqu(e) erant,

Euangelum non legerant,

Sed pandebant vel(a) amori,

Vela amori.

Petrum, Johan(em) et ceteros

Precabantur sicut deos :

Eis solis erant fisi,

Amici Primi.

 

Sin accidant infortunia,

Vigilabat amicitia,

Ducebantur sani salvi,

Omnino salvi.

Versarentur in angustiis

Et egerent auxiliis,

Dabant signa succurrendi

Amici Primi.

 

Convenirent se videre,

Se videbant in tempore ;

Si deerant qui nautici,

Erant mortui.

Numquam, dico vere numquam

Mergebantur subter aquam :

In saeculis omnes alii

Erant adflicti.

Naves multas consederam,

Una sola vicit undam,

Non valebant vent(i) adversi

Venti adversi..

Navigabat quietis modis

In aperto freto maris,

Ei nomen Amici Primi

Amici primi.

Les Copains d’abord

 

Non ce n’était pas le radeau

De la Méduse ce bateau ;

Qu’on se le dise au fond des ports

Au fond des ports

Il naviguait en Pèr’peinard

Sur la grand’mar’ des canards

Et s’app’lait les Copains d’abord

Les Copains d’abord

 

Ses Fluctuat nec mergitur

C’était pas d’la littérature,

N’en déplaise aux jeteurs de sorts

Aux jeteurs de sorts

Son capitaine et ses mat’lots

N’étaient pas des enfants d’salaups

Mais des amis franco de port

Des Copains d’abord

 

Ce n’étaient pas des amis de luxe,

Des petits Castors et Pollux,

Des gens de Sodome et Gomorrhe,

Sodome et Gomorrhe.

C’étaient pas des amis choisis

Par Montaigne et La Boétie,

Sur le ventre ils se tapaient fort

Les Copains d’abord.

 

C’étaient pas des anges non plus,

L’Evangile ils l’avaient pas lu

Mais ils s’aimaient toutes voil’s dehors,

Toutes voiles dehors.

Jean, Pierre, Paul et compagnie

C’était leur seule litanie,

Leur Crédo, leur Confiteor

Aux Copains d’abord.

 

Au moindre coup de Trafalgar,

C’est l’amitié qui prenait l’quart

C’est ell’ qui leur montrait le nord

Leur montrait le nord.

Et quand ils étaient en détresse

Qu’leur bras lançaient des SOS,

On aurait dit des sémaphores,

Les Copains d’abord.

 

Au rendez-vous des bons copains,

Y avait rarement de lapins,

Quand l’un d’entre eux manquait à bord,

C’est qu’il était mort.

Mais jamais au grand jamais

Son trou dans l’eau n’se refermait :

Cent ans après, coquin de sort,

Il manquait encore

 

Des bateaux j’en ai pris beaucoup,

Mais le seul qui ait tenu le coup,

Qui n’ait jamais viré de bord

Mais viré de bord

Naviguait en Père’Peinard

Sur la grand’ mar’ des canards

Et s’app’lait les Copains d’abord

Les Copains d’abord

Georges Brassens (1921 – 1981), Chansons (1964)

(Georges Brassens unus e clarissimis cantitoribus vicesimi saeculi fuit ; in canticis suis canit liberum amorem et ludibria erga viarum vigiles, et potentes vel angusta mente homines.)

© Cercle Latin de Provence 2016

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