Vallis dormitor

 

In viridi cavo rivulus cantiscat,

Dementer inuncans pannos graminibus

Argenteos, ibi de mont(e) alto micat

Sol. Haec vallis parva  spumescit lucibus.

 

Miles novus, hians, capite nudato,

Cum cervice frigid(o) in caespite mersa,

Dormit ; in gramine jacet sub cael(o) alto,

Pallens herb(ae) in lecto quo pluit lumina.

 

Ped(e) in gladiolis, dormit ; risum facit

Ut rideat puer aeger, somnum ducit.

Natura, blandire calde : tant(um) est frigus.

 

Jam non inhorrescunt nares sub odore ;

In sole sopitur, cum man(u) in pectore

Pacat(o) ; ad latus est duplex ruber cavus.

Le Dormeur du val

 

C’est un trou de verdure où chante une rivière,

Accrochant follement aux herbes des haillons

D’argent, où le soleil, de la montagne fière,

Luit ; c’est un petit val qui mousse de rayons.

 

Un soldat, jeune, bouche ouverte, tête nue,

Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,

Dort. Il est étendu dans l’herbe, sous la nue,

Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

 

Les pieds dans les glaïeuls, il dort, souriant comme

Sourirait un enfant malade ; il fait un somme.

Nature, berce-le chaudement, il a froid.

 

Les parfums ne sont pas frissonner sa narine.

Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine

Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Arthur Rimbaud (1854- 1891), Poésies (1871).

(Arthur Rimbaud habetur « prodigiosus puer » atque « sidus deciduum » : primos versus scripsit a puero et paucis annis francogallicam poesim renovavit, antequam ,viginti annos natus, poetae laborem reliquit et petivit victum in Arabia et AEthiopia.)

© Cercle Latin de Provence 2016

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